Je ne sais pas trop comment cette histoire a commencé. Et je ne sais pas encore comment elle va se terminer. Mais plus le temps passe, et plus je m’aperçois que cette histoire m’échappe. Elle va au-delà de tout soupçons. Car en définitif, une histoire racontée dépasse toujours le cadre duquel elle a été conçue, elle resurgit d’un endroit à un autre. Elle refait surface de temps en temps. Il y a un caractère aléatoire que l’on ne contrôle pas. Et c’est là le problème.
J’avais commencé à me créer des personnages à partir de mes 19 ans. En fait, pour tout vous expliquer, à cet âge il m’est arrivé une histoire qui a ébranlé ma personnalité. Je n’en dirais pas plus pour l’instant, disons simplement que c’était une histoire, une fille, un amour qui vous ébranle mais pas seulement, cela vous brise. Et ce, à un tel point que le monde, ses guerres, ses problèmes de réchauffement planétaire, le pays et tous ses tracas d’emplois ou de chômage, la pauvreté, la maladie, tout cela n’a plus aucune importance. Car tout ce que vous ressentez ou la seule chose que vous pouvez ressentir c’est de la souffrance. Vous venez de perdre quelqu’un ou quelqu’un s’est débarrassé de vous. Vous avez alors l’une des plus grandes douleurs que l’homme puisse ressentir.
Voilà, j’en étais là. Alors pour survivre et pour aller au-delà de cette expérience, je me suis construit un double, une version alternative de ce que j’étais, en un peu mieux, plus confiant, moins sensible et surtout, sans les défauts. Dans cette nouvelle personnalité, que je revêtais comme un costume chaque fois que j’étais en présence d’un être humain, je n’avais peur de rien et rien ne m’atteignais. Je ne profitais pas de la vie, je faisais semblais de profiter de la vie, je faisais semblant de m’amuser, d’être frustré, de travailler, d’être soucieux ou d’être. On se demande alors quelles sont les raisons qui poussent un jeune garçon à faire semblant ? L’absurde, tout simplement. Mais ceci est une autre histoire que je raconterais plus tard.
Ce costume, je l’avais construit au fur et à mesure, un peu comme une histoire que l’on raconte et que l’on inventerais au fur et à mesure que l’histoire progresse. On découvre avec tout le monde la suite, le dénouement, les intrigues, les autres protagonistes, le décor. On fait alors des choix, au hasard, sans aucune finalité derrière. Dans un premier temps, la curiosité nous pousse à aller encore plus loin, à pousser la complexité de l’histoire qui est créée, à sonder tout cela afin de déterminer où se trouve la fin. Et voilà, tôt ou tard, l’histoire prend fin et on retrouve la réalité, si jamais elle existe.
Ce costume que je revêtais, aujourd’hui je veux m’en débarrasser. Je veux redevenir celui que j’étais, j’essaye d’être moi même.